Le Nouvelliste | Publié le : mardi 02 octobre 2012
Les sinistrés des camps d’Adoquin et Acra réclament des maisons à crédit
Auteur:Gladimy Ibraïme

Jeudi 20 septembre 2012. 10 heures et demie. Une fois de plus, le soleil bat son plein au-dessus des milliers d’abris provisoires qui fourmillent dans les camps d’Adoquin et Acra, à Delmas 33 (non loin du commissariat). Plusieurs petits chantiers sont en branle dans ces deux grands  camps de sinistrés où sont entassés 32 000 hommes, femmes et enfants, soit 6 000 familles. Plus d’une dizaine d’étudiants finissants, de JB Damien, réparent et reconstruisent des maisonnettes faites de bois et de tapis pour le compte de la Croix-Rouge haïtienne. Par-ci et par-là, des déplacés vaquent paisiblement à leurs activités. Malgré l’humidité du sol, des enfants, quant à eux, jouent au foot.

« Dans ce vieux camp, je vis péniblement avec mes deux enfants, mon neveu et ma mère. Nous faisons face à tout type de problèmes», avoue Mercédès Jean-Baptiste. Lorsqu’il fait mauvais temps, ces sinistrés ne savent à quel saint se vouer, car leurs abris sont tout à fait vulnérables. En plus, le camp est traversé par plusieurs canaux qui, par temps de pluie, causent des dommages non négligeables. « Lorsqu’il pleut, les eaux de ruissellement nous rendent la vie dure  et,  après la pluie, circuler dans ce camp n’est pas chose facile à cause de la boue », ajoute Mercédès, avec le visage très pâle.

Les complaintes de cette dame ne sont pas si différentes de celles des autres personnes qui languissent sur ce site depuis janvier 2010.  « Je n’ai même pas besoin de vous dire quoique ce soit, vos yeux peuvent tout vous dire », laisse entendre une autre jeune femme plutôt désespérée. « La tempête Isaac a écrasé ma demeure, j’ai dû reconstruire moi-même ma bicoque », se plaint-elle, avant d’ajouter qu’elle n’a nul autre endroit où aller.

Selon les déclarations des déplacés questionnés, aucune des autorités du pays n’a encore visité ces deux camps, qui contrairement à certains autres possèdent quelques arbustes.

Un mouvement…

« Chanje m leson », c’est le nom d’un mouvement visant à réclamer le relogement des sinistrés des Camps d’Adoquin et Acra. En effet, les représentants des 13 blocs composants les deux camps veulent passer des abris provisoires à des maisons en dur. « Après plus de deux ans et demi, il est inacceptable que nous vivions encore sous des abris de fortune », indique Elie Joseph Jean-Louis. Pour faire valoir leur demande, ils projettent de gagner les rues bientôt.

Ces sinistrés-là veulent quitter les camps dans les meilleurs délais, mais ils ne chérissent pas la formule du programme 16/6. « Nous ne voulons pas 20 000 gourdes, mais des maisons à crédit », fait savoir Elie. « Il est vrai que nous pouvons nous louer une maison, pour un an avec les 20 000 gourdes, mais qu’allons-nous faire après la fin du loyer ? », questionne Chantal Jacques.

Un plan…

Elie Joseph Jean-Louis a élaboré un plan proposant la relocalisation  des déplacés de 2010 sur des domaines de l’État. Ce plan propose un programme de crédit habitat qui s’étalerait sur dix ou quinze ans. Elie indique qu’en raison de 110 gourdes par jour, les six mille familles peuvent générer 240 900 000 gourdes sur dix ans. Ce qui peut contribuer grandement à construire un village pour les sinistrés.